La riviere est si belle en ce matin d'hiver
Tantot vête de jaune, tantot brulée des rouges
Reflets de ses roseaux; les peupliers sévéres
Griffent le ciel de traits où nul oiseau ne bouge.
Que mon coeur soit paisible, enchanté ou chagrin
Il vient toujours s'asseoir aux rives silencieuses;
Il se tait et contemple, il devient comme un grain
Du paysage lourd; j' y suis seule et heureuse.
J'ai loisir à songer à tous les gens que j'aime
Je voudrais qu'ils me viennent en barques innombrables
Blottis dans la fourrure, porteurs d'ors et gemmes
Que l'on accrocherait aux rameaux
Rien que les clairs joyaux de leur être sincère
Dénudés jusqu'aux os pour que je vois leur âme
Humble s'agenouiller devant tant de beauté.
La riviére est si belle en ce matin d'hiver
Que je lis dans ses l'insoupconnable trame
De la vie, de l'amour et de mes amitiés.
